Ce que je veux avec mes cheveux...

Kenza

Il y a quelques années de ça, tu m’excuseras si j’ai oublié le moment exact, une fort jolie dame avait répondu positivement à mon invitation au dialogue et à la rencontre.
Quelques allers-retours par courriel avaient suffit pour qu’on se trouve face-à-face; c’était un lundi soir d’automne il me semble, ou peut-être était-ce déjà l’hiver, au Gainzbar sur Plaza St-Hubert, à Montréal.

L’endroit étant plutôt désert, je l’ai aperçue la porte à peine passée… Étais-je plus impressionnable à l’époque ? Je ne saurais dire. Toujours est-il que sa beauté m’avait littéralement soufflé. Moi qui n’arrive pas à me ressembler sur photo, moi que l’objectif déforme et banalise, je me retrouvais devant une dame dont la grâce, l’élégance et l’esthétique défiaient l’optique bi-dimensionnelle.

Après une bise maladroite et les verres livrés sur la petite table qui nous séparait, les yeux rivés sur elle, je me suis délecté du récit de sa jeunesse marocaine, de l’éducation très "occidentale" qu’on lui avait offert, de la genèse de sa forte et belle personnalité qui l’avait amenée à fonder un magazine féministe "là-bas"...

Pour être honnête, je sais pourtant qu’elle me l’avait dit, je ne me souviens pas des circonstances qui l’ont amenée de côté-ci de l’Atlantique. Mais elle était maintenant là, devant moi, à me raconter sa nouvelle vie, son boulot pour un magazine féminin auquel elle apportait une touche féministe, sa quête de l’amour, son envie incertaine de maternité, etc…

Au terme d’une soirée trop agréable pour que je n’arrive à bien la décrire, il a bien fallu que je la ramène chez elle dans le Mile-End. Qu’elle accepte que je la dépose, plutôt que de prendre un taxi, était déjà une "petite victoire" pour moi et c’est cette dernière qui m’avait donné suffisamment de courage, alors qu’elle allait ouvrir la portière et que, la remerciant pour ces beaux moments, pour dire : "je te fais la bise?"

Elle s’était tournée vers moi, l’expression sur son visage trahissant son envie. Cette bise que je voulais bien innocente au départ avait rapidement fait place à un long baiser ardent et fougueux, mon corps pressant le sien dans l’inconfort de ma petite voiture.

La raison a bien fini par prendre le dessus et nous nous sommes quittés avec pour seule promesse de réfléchir à tout ça. Je ne l’ai jamais revue. Par courriel elle m’a vite fait comprendre qu’elle désirait garder l’option de son éventuelle maternité ouverte…

En "flippant" les pages de mon quotidien en ligne ce matin, je n’ai pas reconnu la jolie dame en vedette de la page 13 du cahier "Actualités". Ce n’est qu’en voyant son nom dans la vignette que j’ai réalisé qu’il s’agissait d’elle et que même un photographe professionnel n’arrive pas à lui rendre justice.

Kenza a récemment publié un livre, les résultats d’une année et demie d’enquête auprès de femmes d’ici. Elle voulait apprivoiser le phénomène du voile islamique qui cause tant d’émoi, surtout chez ceux qui le veulent islamiste.
Je pense que je vais acheter son bouquin, car le sujet m’interpelle énormément : j’ai déjà condamné le port du voile, même par celles qui le portent réellement librement et par conviction, simplement parce qu’il est aussi un symbole d’oppression et d’abus que son port risque de banaliser, voire encourager.

Je suis curieux de lire les constats de Kenza. J’oserai peut-être lui demander une dédicace si j’ai l’occasion d’assister à son lancement… ;-)